La démarche
L'Arbre est l'un des thèmes très présent dans mon travail. Toujours identique, il est volontairement stylisé, simple, presque enfantin; image poétique tant symbolique qu'existentielle.
Tendu entre Terre et Ciel, l'Arbre, dans son ancestrale et fraternelle sagesse, accompagne l'Homme sur son chemin de verticalité. Il illustre aussi la notion selon laquelle "tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas mais inversé"
L'étude des lettres hébraïques, la sensibilisation méditative sur l'icône, une conscience écologique de longue date et l'approche de la physique quantique nourrissent ma création. Ainsi, naturellement, mon expression a pris une tournure "cosmique", onirique, qui n'est pas sans lien avec mon "arbre symbolique" antérieur que je continue à décliner.
À cette même période, synchronicité ! Synchronicité !
Je rencontre la peinture fluorescente (qui réagit aux UV - lumière noire). Ce médium arrive à point nommé pour me permettre de traduire, sur le plan artistique, quelques notions approchées en physique quantique et qui ont fait fleurir mon imaginaire, à savoir qu'en terme de gravité quantique le vide n'est pas vide mais rempli d'informations, que tout est lié, qu'il n'y a pas de hasard, que la matière est une propriété de la conscience et dans l'Univers, vibratoirement tout est déjà là: le passé, le présent, le futur mais tout n'est pas visible...
Le jeu de l'ultraviolet va me permettre d'exprimer ces notions troublantes et vivifiantes. Cette perspective m'enchante.
En juin 2019 je loue un grand atelier à la campagne.
Pendant trois mois j'apprivoise et me laisse apprivoiser par ce médium surprenant, fascinant même.Tout d'abord je cherche la couleur,"ma couleur", sur laquelle m'appuyer pour visiter le cosmique.
J'opte pour un bleu profond, la presque obscurité
"véritable nature de la lumière". Je commence à creuser cette obscurité vivante et magnétique avec la sensation de peindre avec la lumière.
Selon la nature de la peinture utilisée, en lumière normale le geste du pinceau sur la toile est sans trace apparente, tout juste humide; avec d'autres la couleur affleure, très pâle à peine visible, provoquant une terrible envie d'en rajouter...
Cet atelier dispose d'une petite pièce aveugle, équipée d'une lumière noire et que j'intitule mon "cabinet de curiosité"
Je m’y glisse régulièrement pour saisir ce qui se passe …Moment absolument magique où un autre univers se révèle. Cette rencontre lumière matière provoque un choc visuel étonnant, tour à tour joyeux, mystérieux, jubilatoire…
Ce peut être aussi un temps de silence et contemplation devant ce que le geste est venu dire que l'on ne savait pas,
tel un passage de l'invisible au visible
du matériel à l'immatériel.C'est dans l'obscurité complète que l'effet du rayon ultraviolet sur la matière donne toute sa puissance et donne à l'œuvre un caractère très contemporain tout en entraînant le regardeur dans une dimension surréelle; voyage imaginaire, comme un temps suspendu…
C'est à ce voyage que je vous convie
Les racines
Enfant, grâce à une scolarité rapidement trouvée indigeste, je suis restée en contact avec ce qui m'a toujours fait vibrer et qui s'origine dans cette enfance passée en Normandie, nourrie de nature: la lumière des sous-bois, la vie grouillante au bord des mares, le charme généreux des chemins creux que j'arpentais dans les traces de mes aînées, ont constitué le filtre de mon regard sur les êtres et le monde.
Je remercie l'enfant en moi qui a su traverser les turbulences en gardant ce qui est essentiel. Cette exigence intérieure m'a permis des rencontres importantes et fondatrices.
Dans le cadre de ma formation de psycho pédagogue à Paris ce fût la rencontre avec l'enfance « inadaptée » dans tous les sens du terme : physique, psychique, sociale...
Là où l'être survit à la solitude profonde il va chercher des ressources insolites. Ce fût là mon terrain d'expertise: seule une attitude créative constante permet de rester en contact avec ces univers délicats, souvent douloureux, mais aussi surprenant et inattendus, inspirés, habités par plus grand que soi, dans une tentative pour reprendre pied dans un monde si difficilement habitable pour eux.
C'est à cette période que je prends conscience de la jubilation que provoque en moi le geste créatif, car j'aborde le monde de la création sous l'angle d'une approche spontanée et profondément impliquante à travers de nombreuses sessions et week-end d'ateliers d'expression libre: peinture, modelage, expression corporelle, écriture...
Je fais alors la rencontre d'Elia Perroy,* sociologue d'avant-garde. A ses côtés j’anime un atelier d'expression pour enfants, très innovant à cette époque, dans une maison de quartier du 13e arrondissement à Paris.
Ma vie professionnelle commence dans un Service d'observation de neuropsychiatrie infantile à l’hôpital Saint-Vincent de Paul à Paris puis dans un Institut de Psycho-Pédagogie Institutionnelle auprès d'enfants malades mentaux d'intelligence normale ou supérieure. Cette forme de prise en charge, me fit découvrir et comprendre à quel point, l'étrangeté au monde de ces êtres se révèle à travers chaque forme d'expression : du corps, de la couleur, des matières et des l'élément et vient sans cesse questionner le sens.
Ma création se nourrit encore de ces rencontres
En 1979 je m'installe dans les Alpes-Maritimes avec mes trois enfants.
Ayant exprimé le désir d'apprendre à tourner, un ami potier d'art me propose de m'essayer sur un vieux tour à pied dans le fond de son atelier.La terre matière indomptable quand on l'aborde de l'extérieur «pour faire»...jusqu'au jour où j'ai senti entre mes mains la motte se stabiliser sur ce tour, corps entier centré, mon geste né au niveau du plexus.
Parallèlement à cette expérience j'ouvre un atelier d'expression pour enfants et adultes.
En 1983 je reprends mon activité de psycho pédagogue dans le secteur de l'Aide Sociale à l'Enfance.
Menant de front cette double démarche psycho-pédagogique et artistique;
je continue d'explorer de nouvelles techniques auprès d'artisans d'art tel Stéphano Peroco pour le masque en cuir repoussé (techniques traditionnelles de la commedia del Arte)
la gravure ..approfondis aussi ma connaissance de l'art contemporain, entre autre, auprès de la Fondation des amis de la fondation Maegh
1997 je prépare un D.U de thérapie familiale systémique et reprend des cours de dessin académique à la Villa Thiole à Nice.
Or à Nice, l'Italie est proche et je ne tarde pas à succomber aux sirènes du trompe-l'œil. Alors, de façon séquentielle et régulière, durant trois ans, je participe à des chantiers école (CAUE) et approche les techniques traditionnelles d'enduit et de décor à la chaux, abordant aussi la fresque a fresco (stages). La découverte du cycle de la chaux m'émerveille et me touche par son caractère quasi alchimique!
Toujours à Nice j’intègre une école de peintre en décor et y approfondit les techniques du décor peint: trompe-l'œil, faux bois, faux marbre, dorure à la feuille..…
Au sortir de cette formation je participe à divers chantiers de création de décor en France et à l'étranger.
A cette période j'effectue aussi de nombreux voyages d'études en Italie particulièrement mais aussi Barcelone Londres…
En 2007 je laisse derrière moi mes responsabilités Psycho-pédagogiques et conduit alors des chantiers de décors pour des particuliers, des institutions ou des entreprises.
J'interviens aussi de façon ponctuelle, auprès d'élèves d'une école de décoration d'intérieur.
C’est alors que le désir profond d’aller vers une expression plus personnelle, devient pour moi une évidence.
Pour ce faire j’ai besoin d’abord de sortir : de la précision extrême du trompe-l'œil, d'un travail de commande, pour passer à la grande page blanche qu'est la création personnelle, casser les codes en quelque sorte, pour aller vers moi.
Je fais alors appel à Olivier Wahl * pour m'accompagner dans cette transition: faire le pas de côté, accepter d'être déstabilisé, et m’accueillir dans un vide sans projet ni intention.
Passage fécond où les idées affluent. Les matières, les techniques engrangées, les expériences humaines sont là à disposition pour nourrir ce processus.
Je jubile et suis intimidée tout à la fois.
Paradoxalement, en 2011 je quitte la Provence, ma vraie terre d'enracinement et m'installe en Anjou!
S'engage alors une de réflexion autour de "l'Arbre" dans ses dimensions tant écologique que métaphysique. Ce thème reste présent en filigrane dans ma création.
Je continue d'explorer les matières, aborde l'abstraction par des montages photos, collages, peinture acrylique sur toile et sur papier, petits et grands formats.
Je commence à exposer.

